L'Allemagne aussi fera faillite

October 11 [Fri], 2013, 11:02
Elle réalise en effet 40% de son PIB grâce à cellesci. La France, son principal client, constitue à elle seule 9,5% des débouchés allemands à l'international, et l'Italie 6,5% (ce qui signifie que la France et l'Italie réalisent respectivement 3,8% et 2,6% du PIB allemand). Ainsi tout ralentissement de croissance dans ces pays, a fortiori tout retournement de croissance issu des plans d'austérité pratiqués pour tenter (vainement) de redresser les comptes publics se répercutera sur la croissance allemande.

Une croissance de 2% en France et en Italie suffit à provoquer mécaniquement une baisse de la croissanceallemande de 0,1%. Cela peut paraître minime, mais dans le cas de l'Allemagne, qui est une économie sans croissance et sans inflation, cela s'apparente littéralement à l'effet papillon : un battement d'ailes ici, va créer une tempête làbas.

Les Français regardent l'Allemagne avec admiration, et la déclaration récente de Nicolas Sarkozy selon laquelle le modèle allemand serait le seul qui marche à l'heure actuelle, illustrent parfaitement l'incapacité française à analyser en profondeur les caractéristiques de l'économie d'outreRhin.

L'Allemagne a vu son nombre de pauvres exploser au cours des dernières années, l'activité industrielle s'est délitée avec la vague dedélocalisations vers l'Europe de l'Est, en particulier dans le secteur automobile, et sur le plan des finances publiques, la croissance allemande est tellement mauvaise à moyen terme, que le ratio dette publique sur PIB de l'Allemagne est au même niveau que celui de la France.

Rien de satisfaisant à vrai dire, de la part d'un pays que l'on présente pourtant comme la panacée, et avec qui on prétend vouloir converger, alors que leur modèle socioéconomique provient d'une culture et d'une mentalité qui leur sont propres je pense en particulier à l'école de pensée ordolibérale et que leur économie est lourdement dépendante de leurs exportations, et donc indirectement de la croissance mondiale.

Dès 2006, l'Allemagne affichait les caractéristiques d'une économie prise dans ce que l'on appelle l'effet boule de neige : croissance et inflation quasinulles, déficit certes contenu en apparence, mais qui reflète l'existence d'un excédent primaire (c'est à dire hors intérêt sur la dette), ce qui est porteur à moyen terme d'effets récessifs. On pouvait alors prévoir que si rien ne changeait, l'Allemagne serait en "faillite" vers 2030.

l'été 2007, le bouleversement de marchés liés à l'obligataire immobilier, en particulier américains, que l'on qualifiera plus tard de crise des subprimes, vient dégrader les conditions économiques mondiales. Trois conséquences directes importantes pour les finances publiques allemandes.

1) Le ralentissement de la croissance mondiale, et donc des exportations allemandes, et les pertes sur actifs financiers diminuent les rentrées fiscales.

2) L'effondrement spectaculaire (5,5% en 2009) de la croissance allemande du au caractère fortement procyclique de son économie, augmente le poids réel de la dette (le ratio dette publique sur PIB).

3) Les Lnder allemands doivent se porter au secours de différentes banques, comme la Deutsche Bank ou Hypo Real Estate qui a dû être nationalisée en 2009 pour une quarantaine de milliards d'euros, l'Allemagne s'attirant au passage les foudres de Bruxelles.

En 2010,la transformation de la crise économique en crise de la dette publique oblige à l'instauration d'un mécanisme de solidarité entre tats (qui n'est ni assez solide, ni légal comme l'a souligné Frédéric Lordon à plusieurs reprises). Le Fonds Européen de Stabilité Financière, le fameux FESF, est basé sur une contribution massive de l'Allemagne et de la France, qui doivent s'endetter un peu plus pour aider les pays en difficulté comme la Grèce, l'Irlande ou le Portugal à emprunter à des taux décents robe bal courte.

L'absorption des dettes de ces petits pays par l'Allemagne et par la France il faut appeler un chat un chat ne fait que reculer la résolution finale du problème, qui ne peut venir que de l'annulation, de la monétisation, ou de l'inflation. Et avancer l'heure fatidique pour la France, laquelle était déjà proche, mais aussi de l'Allemagne.

En 2011, l'Italie, pays trop lourd pour être secouru par la France et l'Allemagne, connaît à son tour une crise de défiance autoréalisatrice. La dette publique italienne représente à elle seule plus du double des dettes publiques grecque, portugaise et irlandaise, pour la prise en charge desquelles le FESF a été créé (les dettes publiques allemandes et françaises s'élèvent approximativement à 4500 milliards d'euros, tandis que la dette publique italienne est de l'ordre 1800 milliards. Ainsi, la prise en charge d'un quart de la dette publique italienne par la France et l'Allemagne correspond peu ou prou à un gonflement de leur dette publique francoallemande de 10%, ce à quoi les marchés ne manqueront pas de réagir par un renchérissement des CDS sur les deux piliers de la zone euro).

Sans annulation, monétisation ou inflation, l'Italie va connaître une grave récession.

Dans un tel contexte, alors que l'avenir financier de l'Allemagne paraissait déjà quelque peu hypothéqué après les conséquences de la crise économique et sa participation au FESF, l'arrêt du moteur italien et le ralentissement français seront les causes déclenchantes de la catastrophe ultime : le naufrage allemand d'ici 2014.

Dès maintenant, les esprits doivent se préparer à choisir entre la mort de la zone euro, ou sa mutation en une zone moins financiarisée et plus coopérative, dont le pleinemploi et la démocratie seraient les bases fondamentales.

Je vomis depuis maintenant 2 ans ce "modèle allemand" que l'on présente aujourd'hui tellement comme étant comme celui qui marche et qu'il faut suivre.

Angela Merkel affiche le visage de la rigueur (et j'ai bien l'impression qu'à la maison aussi ça doit filer doux), mais en réalité, c'est du bluff. Le montage financier de l'Allemagne n'est que de l'astuce.

Dans votre brillante démonstration du montage comptable de la présentation de la dette allemande (qui est quand même à 82.6% du PIB et ça monte, 86.2 pour la France, pratiquement stable), vous omettez un point : l'abandon du nucléaire! Les allemands, contrairement aux français, ne sont pas bons dans ce secteur. Ils ont donc préféré abandonner un secteur sur lequel ils n'étaient de toute manière pas concurrentiels, pour s'engager sur celui du photovoltaïque. Au point qu'à un moment donné, ils étaient le producteur mondial No1 en la matière. Sur ce point ils se sont faits détrôner par les chinois, mais ils restent le pays au monde à disposer de la plus grande surface de panneaux photovoltaïques installés. Ils financent cette "transition" nucléaire >> ENR grâce aux fonds propres engrangés par leurs autres secteurs industriels d'importation.

Autrement dit : quand ils n'exporteront plus (de bagnoles, bien évidemment, pour l'essentiel) parce que leurs "partenaires", qu'en réalité ils exploitent sans vergogne avec une balance commerciale très largement en leur faveur via un système fiscal masquant la vérité de la situation, même ce secteur dans lequel ils sont "ultraperformants" va s'effondrer puisqu'ils n'auront plus la ressource intérieure pour le financer. Autant dire rien.

En comparaison, les panneaux thermiques, moins chers, plus faciles à produire, moins polluants parce que fabriqués à partir de matériaux recyclés, et donc recyclables, de surcroît plus durables, donnent 800W/m2 environ.

L'Allemagne s'est engagée dans la voie du photovoltaïque en pariant sur l'évolution future. C'est que si les panneaux thermique donnent jusqu'à 4x plus que les photovoltaïques, c'est que ces derniers peuvent évoluer.

Mais voilà, après des investissements gigantesques, après avoir fait basculer résolument la politique énergétique allemande, les progrès technologiques escomptés ne sont bien évidemment pas au rendezvous. Logique : ce n'est pas parce que vous fabriquez des voitures à piston que vous construirez un jour des vaisseaux spatiaux! L'industrie est une chose, la R en est une autre. D'ailleurs, le pays le plus avancé au monde en photovoltaïque, c'est la Suisse, pourtant loin d'être en tête en production d'électricité avec cette technologie.

Et il se trouve que les allemands, par de moyens financiers, qui ne pouvaient pas leur permettre de financer à la fois le nucléaire et le photovoltaïque, ont programmé la fermeture des centrales nucléaires. Ainsi, ils se retrouveront donc avec des technologies peu efficientes, plus d'argent pour faire autre chose, et une industrie en faillite.
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